Il aura fallu attendre 178 ans après la fin de l’esclavage dans les colonies françaises pour que les textes qui l’organisaient disparaissent officiellement de la législation. Après l’Assemblée nationale, le Sénat a abrogé à l’unanimité le Code noir ainsi que plusieurs édits royaux qui encadraient l’esclavage. Promulgué sous Louis XIV en 1685, le texte en question considérait notamment les esclaves comme des « bien meubles » et prévoyait des châtiments allant jusqu’à la peine de mort pour ceux qui tentaient de s’enfuir. L’abrogation, si elle est avant tout symbolique, prévoit notamment que le gouvernement remette un rapport sur les conséquences durables du droit colonial, les discriminations raciales toujours existantes et l’enseignement de l’histoire de l’esclavage. Mais elle ne répond pas à une revendication ancienne dans plusieurs territoires ultramarins : celle des réparations. En effet après l’abolition de l’esclavage en 1848, ce sont les anciens propriétaires d’esclaves qui avaient reçu des indemnisations de l’État, et non les personnes libérées. Un héritage qui continue de faire écho aux inégalités persistantes entre les Outre-mer et l’Hexagone, ainsi qu’aux discriminations subies par les personnes noires. Grâce à ce pactole en effet les descendants des propriétaires esclavagistes sont devenus des capitalistes prospères à l’image du groupe Bernard Hayot, géant de l’économie aux Antilles, qui contrôle la grande distribution et la plupart des concessions automobiles et est aussi présent dans la construction et l’agro-alimentaire. Quant aux descendants d’esclaves, beaucoup vivent toujours dans la misère.
